Un qaurtier de Silvan/Farqîn juste aprés la réouverture de la ville.

Le 1er novembre 2015, après l'échec de la formation d'un gouvernement de coalition issue des élection précédente (juin 2015), l'AKP, obtenait une majorité confortable. La campagne s'est faite dans la peur et sous pression économique. Le programme de M. Erdogan se résumant à "C'est moi ou le chaos".

 

Et, il y avait de bons arguments dans ce sens : sans majorité, il aurait été de nouveau impossible de former un gouvernement, ce qui aurait déstabilisé l'économie, et aurait pu conduire à une crise économique. De plus, M. Erdogan dispose de multiple leviers de pressions financiers publiques (retraites, logements, fonctionnaires...). Sur place, au Kurdistan, certains disent avoir voté pour l'AKP par crainte que leurs retraites ne soient coupées (crise économique, chaos).

Voir aussi la Lettre d’un ouvrier : « Pourquoi j’ai voté AKP ? »
http://www.kedistan.net/2015/11/17/lettre-dun-ouvrier-pourquoi-jai-vote-akp/

Pour finir, il utilise la force armée pour dissuader les récalcitrants: Au Kurdistan, la "polis" (police en turque) patrouille dans des véhicules blindés, armée de fusils d'assaut.

Les gens très pieux, attirés par le conservatisme religieux du président turc, et ainsi que des kurdes pieux, le louent également: Un si bon croyant, dans la tradition, ne peut que bien gouverner.
Autant de raisons qui ont donné le résultat que l'on sait.

Une fois son pouvoir sauvé, on aurait pu penser que la pression dans le sud-est de la Turquie (Kurdistan du nord, Bakûr), et sur la presse dans tout le pays se serait doucement desserrée. Mais, c'est tout le contraire qui se produit.

La semaine dernière deux journalistes ont été arrêtés pour avoir divulgué des informations montrant le soutien de la Turquie à Daech.
http://www.kedistan.net/2015/11/27/journalistes-dundar-et-gul-derriere-les-barreaux/

Et pour ajouter à ce climat délétère, Tahir Elçi, Président du Barreau de Diyarbakır, assassiné hier (28/11/15).
http://www.kedistan.net/2015/11/28/tahir-elci-assassine-diyarbakir/

Depuis, le 1er novembre, et le triomphe électoral, la "sale guerre" reprend de plus belle. Au Kurdistan du nord, le scénario est souvent le même, excédées par la pression et les mauvaises conditions de vie (coupures d'eau, électricité, chômage, pauvreté...), les populations manifestent et, parfois, veulent s'organiser elles-mêmes et s'auto gérer (administration, sécurité, etc.). Ce genre de mouvements, ne plait à aucun gouvernement central, mais en Turquie cela prend une autre tournure : aucune négociation, les militaires sont envoyés pour le "nettoyage"

- à Amed (Diyarbakir, capital virtuel du Kudistan), plusieurs quartiers sont le théâtre "operasyon". Ce qui signifie barricades et échanges de coup de feu. Dans certains endroits, les rues sont trop étroites pour les blindés turcs, et les insurgés ne peuvent pas être facilement délogés.
- Silvan (ville de 100 000 habitants a 80km d'Amed), plusieurs quartiers ont été nettoyés. Les gens ont souvent tout perdu. Les militaires ont attaqué à l'arme lourde (voir photos). Le siège de Silvan a duré 13 jours sans eau, sans électricité et sans accès.

Voir Silvan, Turkey after the riot between locals and Turkish forces

et Martyr burial in Silvan/Farqîn. Anger against the Turkish government

 

Un enfant dans les rue de Silvan apres le passage des force de l'orde turque

La maison de cette homme a été en partie détruites.

 

 

- à Nusaybin depuis 14 jours (au 29/11), la ville est coupée. Il y a peu d'info. Les tentatives de négociations par les représentants du parti d'opposition HDP, ont été dissous par la force.
- à Hakkari (extrême sud-est, les manifestations sont dissoutes par la force
- depuis mardi 24 novembre, la petite ville de Dêrîk, à 80km de Mêrdîn, est assiégée. Il y a des tirs, des maisons détruites, des incendies. Les gens restent terrés chez eux. Voici quelques photos des gens sous les balles des forces trucs.

 

 

Ömer Kıran - Mobile Uploads | Facebook

Une image sur les ´reseau social:

Evimize roketli saldırı

 

Une vidéo amateur d'un habitant de Dêrîk

 

 

Leyla Kıran - Mobile Uploads | Facebook



Leyla Kıran posted this photo on 2015-11-26. 1 likes. 0 comments. 0 shares.

 

 

Officiellement, et aussi dans la plupart des médias diffusés en Turquie, ces opérations sont justifiées par la lutte contre le terrorisme du PKK. Ce qui explique la complaisance des électeurs "non-kurdes", même des opposants à l'AKP, comme le CHP (partie kémaliste). "non-kurdes" signifient, ici, les gens n'ayant pas d'héritage culturel kurde et s'informant par les médias classiques en langue turcs, la gauche exclue.
De ce point vue, vue d'Istanbul, d'Izmir, d'Ankara, de Trabzon, d'Antalya, cette lutte armée est parfaitement justifiée et soutenue.
Les témoignages sur place contredisent cette version. D'après eux, c'est bien la population locale, sans lien direct avec le PKK, qui manifeste et résiste. Le PKK n'étant présent que caché dans les montagnes. Ils attaquent sporadiquement des militaires turcs mais jamais en ville.

Quel que soit la vérité : PKK ou non, ces actions font grandir la fracture entre les kurdes et la majorité turcs. Et les morts, des deux côtés, deviennent des martyrs qui entrainent la famille, les amis, encore plus, dans la violence et la colère.

Un martyr, quel que soit son côté, entraîne des pleurs, une mère brisée, rapproche des frères, des cousins de la lutte armée, créé du désespoir, rapproche la résistance armée comme seule solution viable, et éloigne la paix...

Les actions militaires en Kurdistan du nord, et en particulier des forces militaires turques qui visent principalement des civils, fabriquent, à grand-échelle, des martyrs et de la colère.


Il faut aussi rappeler que les langues kurdes, ne sont plus interdites, depuis 2002 seulement. Que les marques de la sale guerre des années 80/90, sont encore bien présentes. Les jeunes (de 20-40ans), ont grandi devant les fusils et les tanks de l'armée turque attaquant leurs villages. Ils ont grandi avec la peur d'être arrêtés au cas où un mot en kurde leur échapperait..

Dans ces conditions, sous cette pression sécuritaire, la peur au ventre d'être pris pour cible par un militaire turc, la discrimination économique et culturelle... La grande majorité fait allégeance au mouvement pro-kurde comme l'HDP, mais aussi les mouvements armés comme l'YPG et le PKK. Les murs des villes sont tapissés de "PKK, YPG, HDP, Öcalan".

Pour remettre du contexte, l'YPG, basé à Rojava (Kurdistan en Syrie) est officiellement un groupe terroriste, mais ce sont aussi les seuls qui combattent Daech, qui ont sauvé Kobané, les Yezidies, et qui ont participé à la reprise de Schengal. Pour les kurdes, et d'autres populations de la région, ce sont des héros. De plus, contrairement à beaucoup de forces armées, beaucoup de femmes se battent au sein de l'YPG. Sans leur ténacité, il est clair que Daech aurait pris le contrôle des régions kurdes en Syrie. L'YPG est lié au PKK.

Erdogan creuse le fossé entre la république turque et la minorité kurde. Erdogan a désormais les pleins pouvoirs, il peut décider pratiquement de tout. Ils écrasent par la force tout mouvement d'opposition que ce soit dans la presse, dans la rue (manifestations), et bien sûr tout tentative d'auto gestion.

Pour la 1er fois, des turcs "modernes" (ayant des idées pacifiques, laïques et ouvertes, opposés aux conservateurs religieux), parlent ouvertement d'une séparation géographique de la république.


Une personne cite le cas de la guerre d'Algérie : "Un état ne peut pas se battre, sans fin, contre un peuple. Peut-être qu'un jour Diyarbakir ne fera plus partie de la Turquie".

 

Alors, en fin de compte, avec sa politique autoritaire et militaire, son conservatisme religieux, son déni de démocratie, peut-être que le président Tayip Reccep Erdogan, est le meilleur avocat d'un grand Kurdistan.
Il est possible qu'un jour, excédés par la discrimination, la violence, la peur, les gens se rebellent vraiment. Si ce jour arrive, espérons que le sang ne coulera pas, pas trop…

S'il vous plait, rappelez-vous des erreurs du passé, en Algérie, en Syrie, et donnez aux gens ce que tout le monde souhaite : respect, un peu de liberté, du pain, de l'eau et de la lumière.

 

Une manifestation à Amed/Diyarbakir